Tour du monde en Concorde en 2000

Par Claude Bernard
Contrôleur Maintenance Concorde ME.QN.

Je vais vous raconter la chance que j’ai eu de faire le tour du monde en Concorde pour ma profession de contrôleur quand je travaillais à la division Concorde (DM-QN) qui eut lieu du

18 février au 7 mars 2000.

Pour information, à bord en plus des passagers et de l’équipage et de moi-même un responsable commissariat est aussi du voyage afin d’organiser et de gérer l’approvisionnement des repas et boissons ainsi que du nettoyage de l’avion. Dans chaque escale deux techniciens sont mis en place de Paris afin de m’assister à l’entretien technique de l’avion. Départ donc le 18 février à 14h30 locales.

Première escale : Mascate Oman
(arrivée 19h45 locales après 3h30 de vol)

Les passagers résidaient à l’époque dans ce qui était l’un des plus beaux hôtels au monde dixit l’organisateur du tour du monde. Départ le 20 février à 7h50 locales.

Deuxième escale : Delhi
(arrivée 11h35 locales après 2h15 de vol)

Les passagers visitent dès leur arrivée le Taj Mahal à Agra car fermé le lendemain. Pour anecdote les premiers soucis matériels en cabine commencent. De quoi nous occuper une bonne partie de la journée, côté technique RAS.
Le lendemain, pour nous visite de la ville et de ses temples. Une ville grouillante de personnes de niveaux de vie différents mais accueillants. Nous avons l’occasion de croiser les passagers qui ont leur tour spécial de la ville. Départ le 22 février à 9h25 locales.

Troisième escale : Bangkok
(arrivée à 14h45 locales après 3h10 de vol)

Escale tranquille côté technique, ce qui nous a permis de visiter la ville, le temple de Bouddha, le Grand Palais et le marché flottant de Damnoen, où nous avons pu goûter aux insectes grillés gracieusement offert par le marchand. Ils n’ont pas un grand goût, avis tout personnel. Bangkok une ville qui vit toute la nuit et encore plus dans les quartiers sulfureux. Anecdote un technicien a jeté son mégot de cigarette au sol ; résultat amende assez salée pour le convaincre de ne pas recommencer malgré le dialogue avec le policier. Départ le 24 février à 10h00 locales.

Quatrième escale : Bali
(arrivée 13h30 locales)

Escale très difficile côté technique avec signalisation surchauffe d’un GTR. Nous avons passé toute la nuit pour trouver au petit matin l’origine de la panne, nous étions en bout de piste afin de pouvoir effectuer des mises en route GTR et avons eu juste le temps de faire un poussée puissance décollage avant la réouverture de la piste ; contents de découvrir l’hôtel alors que l’équipage déjeunait. Petite nuit ou sieste avant de découvrir la route des temples l’après-midi et des rizières. Départ le 26 février 7h00 locales.

Cinquième escale : Sydney
(arrivée 16h55 locales)

Avant d’arriver à Sydney, escale à Darwin sous une chaleur étouffante surtout saturée d’humidité. Quand on sort du Concorde réfrigéré, la surprise est totale. Escale relativement calme. De notre hôtel une vue merveilleuse sur Sydney la nuit. Le lendemain, visite de l’Opéra et de la ville. Ce qui surprend c’est de trouver des immeubles victoriens isolés entre des tours d’un modernisme tout de verre. Anecdote : à l’époque notre Président Chirac faisait des essais nucléaires dans le pacifique, les locaux n ont pas oublié de nous le faire remarquer aussi bien au travail que lors de notre repas au restaurant. Départ le 28 février 7h00 locales.  

Sixième escale : Papeete
(arrivée le 27 février à 16h15 locales après 4h25 de vol).

Comme vous pouvez le constater nous sommes arrivés à Papeete la veille du départ, suite au passage de la ligne de jour et mon dieu comme ce fut difficile d’expliquer aux passagers d’être arrivé la veille sans voir la nuit cela a pris pour ainsi dire le vol complet et malgré des explications en se servant de la carte du monde sur la revue Air France, je crois que certains non toujours pas compris.
A l’arrivée gros problème technique sur la régulation d’entrées d’air GTR3. Alarme survenue juste après atterrissage certainement due à la chaleur ambiante. De plus, un seul climatiseur insuffisant pour refroidir l’avion au sol GTR a l’arrêt. Malgré des recherches infructueuses, nous décidons de fermer l’avion et de revenir le lendemain matin à l’aube. Concorde et ses systèmes électroniques n’aiment pas du tout la chaleur au sol. Effectivement après des réglages et changement computeur tout est OK à 8h00 du matin. Du coup nous pouvons profiter de l’ile pour faire du tourisme pendant deux jours ce qui fait du bien, les décalages horaires se faisant ressentir. Un air de vacances me retape pour les vols suivants. Départ le 1er mars 09h15 locales.

Septième escale : Ile de Pâques
(arrivée 17h00 locales après 2h45 de vol)

Accueil avec vahinés et colliers de fleurs pour tous les passagers et l’équipage et votre récitant. Avion en parfait état ce qui nous permet de visiter dans la soirée cette ile surprenante par ses statues les MOAI, et autre curiosité, le silence qui m’a impressionné en visitant juste avant le coucher du soleil. Autre surprise pas d’hôtel important mais hébergement chez l’habitant, fort sympathique d’ailleurs. Pour info impossible de décoller si un avion est à moins de la moitié de distance entre Santiago du Chili et l’Ile de Pâques suite qu’il n’y a qu’une piste. Nous devions partir 2 heures plus tôt mais l’avion de Lan chile était en retard. Départ le 2 mars à 13h00 locales.

Huitième escale : Iguaçu
(arrivée à 19h15 locales)

Traitement avion arrivée hôtel 22h45. Nous profitons d’une bonne nuit de sommeil pour nous lever tôt et visiter côté argentin les magnifiques et impressionnantes chutes, malgré l’heure matinale la température et le taux d’humidité est impressionnant surtout qu’il faut marcher une bonne distance pour arriver au site sous un nuage d’eau pulvérisée par endroit. Départ le 3 mars à 16h00 locales.

Huitième escale : Rio de Janeiro
(arrivée 17h45 locales).

Quelques problèmes sur l’avion mais résolus dans la soirée donc une nuit bien méritée nous attend au Méridien sur Copacabana. Ayant vécu à Recife pour la compagnie comme technicien je fais découvrir aux deux techniciens de Paris l’exubérance de la vie brésilienne. Nous sommes en plein carnaval de Rio et aussi de la Gay Pride sur Ipanéma. En plus des techniciens, deux hôtesses et l’OMN nous accompagnent pour cette fête de la tolérance. La nuit tous les passagers et une partie de l’équipage vont assister sur le sambodrome au défilé des écoles de samba. Je les retrouve à leur retour au petit déjeuner, épuisés mais heureux après cette nuit inoubliable. Dans la journée montée au Corcovado pour une vue magnifique sur la baie de Rio. Dernier soir de ce tour du monde je suis invité au repas d’adieu des passagers à leur Hôtel ainsi que tout l’équipage pour nous remercier de leur avoir fait un voyage de rêve dans les meilleures conditions possibles. Départ le 7 mars à 9h30 locales.

Retour à Paris avec escale à Dakar
(arrivée 21h25 locales).

Que dire après tout cela, pour moi malgré la fatigue je garde, même 21 ans après, un souvenir inoubliable. En écrivant ces quelques lignes toutes ces informations me sont revenues rapidement. Le côté triste de ce voyage, c’est que quelques mois après, le 25 juillet de la même année, suite au crash du Concorde j’ai perdu l’OMN Gilles Jardinaud, une hôtesse Anne Porcheron et un steward Hervé Garcia avec qui j’avais eu des rapports très cordiaux durant ce tour du monde, surtout l’OMN.

CB

Equipage du vol Tour du Monde
De gauche à droite : Gilles Jardinaud, Muriel Jacopin, Alain Verschuere, Charles Catania, Virginie Naget, Hervé Garcia, Denis Blachon, Anne Porcheron. Photo prise par Eric Célérier.

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