Gilbert Barbaroux

Article paru dans le carnet de France Aviation (N°374 septembre/octobre 1989) à l’occasion du départ en retraite de Gilbert Barbaroux

Salut les Barbaroux !

La famille Barbaroux a décidément le transport aérien dans le sang ! Il y avait d’abord Lucien, le père, qui a connu Air Bleu, puis Air Union et enfin Air France… Il y a ensuite les fils, Gilbert et André, entrés tous deux à 14 ans comme apprentis à l’école de Marignane, les filles elles aussi, l’une à UAT – maintenant UTA – l’autre à la Sabena, Georges, le plus jeune frère sur B.747 comme OMN, et encore le fils d’André, Joël, pilote à Air France sur B.727 qui assure la relève… Mais aujourd’hui c’est Gilbert qui est à l’honneur car il nous laisse des souvenirs pleins la tête après 46 ans de Compagnie, un record !

Entré donc à 14 ans à Air France comme apprenti en octobre 1943 afin – selon les vœux de son père auquel il voue une admiration sans borne – d’apprendre « un véritable métier », Gilbert Barbaroux suit, à partir de 1946, des stages dans différents services au Bourget pendant 2 ans avant d’être affecté au service de piste sur Bloch 220, Bloch 161 et DC3. Salaire 41,35 francs pour 40 heures de travail. A cette époque il prépare, la nuit, la licence des transports publics et, son souvenir le plus marquant est celui où, au retour d’un point fixe sur DC-3, son père lui annonce fièrement sa réussite.

A 23 ans, il passe le concours de mécanicien navigant et voici qu’en avril 1953, c’est son premier lâcher, sur Manchester, et la nuit, avec le départ le soir et le retour le lendemain matin. Ce qu’oublie l’instructeur c’est que Gilbert n’a jamais fait un vol de nuit sur DC3. Mais tout se passe bien, même si le démarreur casse et qu’il faut faire un démarrage à la main.

Puis c’est le désert et les oasis, alors considéré comme secteur de punition mais aussi la terre des héros. On fait tout, tout seul, l’alimentation en carburant étant assurée par les militaires avec des bidons de 200 litres et des pompes Japy. C’est l’époque où le mécanicien navigant se trouve assis à droite du pilote, avec le « radio » derrière. C’est aussi l’époque où, partant très tôt d’Alger, il faut attendre le décollage pour pouvoir « saucissonner » à bord en guise de petit déjeuner. On transporte surtout des femmes de militaires, leurs bagages et du fret. Gilbert Barbaroux en garde un si bon souvenir qu’il projette, dans un proche avenir, de refaire tous ces voyages.

A partir de 1954, ce sont les stages sur Constellation, puis Super Constellation, puis Super Starliner. Il n’y a alors que des limitations de temps de vol trimestrielles et annuelles et, sur les vols long-courriers, à destination de Saïgon par exemple, on double l’équipage. Et sur cette route, en pleine guerre d’Indochine, que d’aventures, comme … celle des caisses « d’asperges » à New Delhi dont se souviendront certains… Et point de touristes parmi les passagers, que des AFAT et des toubibs…

Gilbert passe sur Caravelle moyen-courrier en 1960 et devient instructeur mécanicien navigant sur Caravelle en 1962, l’année où son fils nait, fils qui lui procure dix-neuf ans plus tard sa plus grande joie en entrant à Polytechnique et sa plus grande fierté lorsque, deux ans après, sur les Champs-Elysées, il le voit défiler parmi les X de sa promo.

Il participe ensuite au premier stage de qualification B.727 chez TWA à Kansas City en 1967/68, est nommé instructeur mécanicien navigant B.727 puis, en 1972, adjoint du secteur B.727. Après sept ans sur B.727, il se porte volontaire pour Concorde, ayant réussi à persuader son épouse qu’un Paris-New York en 3 h 30 tombait bien dans le domaine du moyen-courrier ! Il participe ainsi aux premiers vols Concorde sur Paris-Dakar-Rio en janvier 1976. « Cette belle bête, pur-sang, s’extasie Gilbert Barbaroux. J’avais l’impression que l’avion courait devant et que je n’arriverais jamais à le rattraper… ». Cette lune de miel durera 14 ans et aurait pu durer plus si, comme le regrette Gilbert Barbaroux, « Concorde n’était pas arrivé avec 4 ans de retard ».

Au cours de ces 14 années, 9 ans comme instructeur mécanicien navigant Concorde puis, en mai 1986, chef OMN Concorde. C’est en exerçant cette fonction qu’il est admis, avec 46 ans d’ancienneté, à faire valoir ses droits à la retraite le 1er juillet 1989. Il est alors le plus ancien agent de la Compagnie, le dernier parmi tous ceux qui ont volé sur Super Starliner, ayant totalisé 16 000 heures de vol dont 3 800 sur Concorde : encore un record Compagnie. Il est décoré de la médaille d’Honneur de l’Aéronautique (vermeil) et a été nommé, en mai 1977, Chevalier de la courtoisie française.

Nous apprenons que le frère de Gilbert, André, chef du service de la régulation centrale à la direction du matériel, vient lui aussi de « faire valoir ses droits » … Faisons donc coup double pour leur souhaiter, à tous deux, comme l’ont fait leurs camarades au cours des « pots d’adieu » organisés en leur honneur, une longue et heureuse retraite.

France-Aviation

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