Comment je suis devenu pilote à Air France en 1955 par Philippe Girard

A l’automne 1955, j’avais 20 ans. J’effectuais mon service militaire (le service « national » est arrivé plus tard). J’étais élève-pilote dans l’Armée de l’Air. Je venais dans ma famille pour 4 jours, bénéficiant d’une permission. Arrivant de Toulouse en train de nuit, je suis arrivé au petit matin à la maison familiale. Peu après, j’ai accompagné ma Maman, à pied, qui allait au travail. Au retour, une voiture s’arrête à la station-service près de chez nous. Je reconnais le chauffeur, c’est Monsieur Vaillant, Directeur des études du Centre d’Apprentissage d’Air France de Vilgénis à Massy Palaiseau. Ce centre dans lequel j’ai effectué 3 ans d’apprentissage.

« Ah Girard ! Quelle surprise ! Comment allez-vous ? Vous êtes militaire ? » Je lui explique mon parcours dans l’Armée de l’Air. « Savez-vous qu’il va y avoir un concours pour devenir mécanicien navigant ? Non ! Je ne le sais pas mais je suis intéressé. Eh bien si vous êtes disponible, je vous emmène demain à Orly, je dois voir les responsables du recrutement. »

Me voilà le lendemain dans le service de recrutement des pilotes et mécaniciens. Je suis reçu par un monsieur qui me pose des questions sur mes activités actuelles, mon passé au centre d’apprentissage, mon travail aux hangars, etc. … « Très bien, allez-vous inscrire pour le concours ! » Je sors du bureau et me dirige vers le secrétariat. « Je viens m’inscrire pour le concours mécanicien navigant », dis-je au responsable des inscriptions. « Attendez » me dit-il, « vous sortez du bureau de Monsieur Forget …je vais voir …je reviens. » « Non !! Ce n’est pas le concours mécanicien, mais pilotes !!! Remplissez le formulaire. » J’avais été reçu par le Chef Pilote responsable de la formation.

C’est ainsi que le 4 janvier 1956, je me suis retrouvé de nouveau à Vilgénis pour le début du stage. Mais j’avais un énorme souci : je n’étais pas libéré par l’armée, étant maintenu à cause des événements en Algérie. Je m’en suis ouvert à Monsieur Forget, qui accueillait le stage en cette première journée. « Girard ! Il faut que vous commenciez ce stage, je vais vous faire libérer de l’armée !! J’ai obéi, je suis resté, et jusqu’en mai 1956 j’ai été militaire et stagiaire pilote Air France. Je n’ai jamais été libéré par anticipation.

Ce stage, appelé TE1 (transformation extérieur) était le premier stage pilote de ligne. Le stage suivant fut le B1.

La phase théorique : préparation au brevet de pilote professionnel, qualification IFR, Pilote de Ligne, Certificats de radiotéléphonie, a duré jusqu’à l’été 1956.

La phase vol a débuté à l’automne 1956 sur DC3. J’ai eu du mal au début sur cet avion. La transition entre le Morane 472 « Vanneau » sur lequel j’ai effectué ma formation militaire, et ce gros bimoteur … dont je ne voyais pas les ailes … a été difficile. Il vrai que je n’avais que 270 heures de vol !!!! J’ai été le premier pilote « ab initio » ou « cadet » à Air France. J’ai effectué un supplément de vol sur « Goéland » avant de reprendre et terminer la phase DC3.

Une période militaire de 3 mois en Algérie a retardé ma qualification sur Constellation L749. Celle-ci a été effectuée avec les pilotes du stage B1. C’est au printemps 1958 que j’ai été qualifié copilote à Air France.

Philippe Girard

Philippe Girard au cockpit du DC3
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