27 JUILLET 1990, LE DERNIER VOL D’HENRI

Une photo « comme on les aime ! » par Pierre Grange

Le moins que l’on puisse dire est que Claude Poulain, Philippe Girard, Henri Ranty et Didier Le Chaton, ne cèdent pas à la mélancolie dans la navette qui les mènent à Kennedy. Et pourtant, ce vol retour vers Paris est le dernier pour Henri, chef mécanicien navigant Concorde.

Claude « contrôle » Henri sur cette dernière étape. Il s’agit là d’une tradition chez les mécaniciens navigants. Qui a connu un dernier vol Concorde au départ de Kennedy, sait qu’il s’agit là d’un moment unique dont on se souvient … toujours. Le navigant, qui par essence est un nomade, quitte un groupe de « gens du sol » avec qui il a travaillé et échangé durant de nombreuses années au point de les connaître par leur petit nom. On quitte des amis et tous le savent. La doublure « mécano », Claude en l’occurrence, a pour mission de permettre au « partant » de profiter de ce moment d’échanges avec l’ensemble des personnels de l’escale en se déchargeant de quelques tâches subalternes.

Philippe semble très heureux d’être là ; il n’est pas encore Chef de Division ; il n’est que commandant sur ce vol et lui qui veille généralement à ce que l’ambiance soit bonne, il est gâté et ça se voit !

Henri, même s’il n’a pas l’embonpoint d’un prélat, semble parfaitement à l’aise dans son habit de … pape. L’histoire remonte au mois de mai de l’année précédente. Le Concorde d’Air France emmène Jean Paul II de Saint Denis de la Réunion à Lusaka. Sa Sainteté, certainement intéressée par la chose supersonique, est accueillie au poste de pilotage par le CDB Raymond Machavoine et, souhaitant assister au décollage, il revient à Henri Ranty qui officie en place mécanicien, de le « brêler » sur l’étroit « jump seat ». Le plus problématique est l’installation de la sangle de G négatifs, celle qui, située entre les jambes, évite ces projections au plafond dont la souplesse du fuselage n’hésite pas à gratifier l’imprudent mal attaché ; c’est ainsi qu’Henri était devenu expert en chasuble papale et qu’il s’était fait ainsi une grande renommée dans le landerneau supersonique. De là à se déguiser ainsi en évêque de Rome voilà qui ne peut que surprendre de sa part mais c’était compter sans le facétieux Didier …

Pierrette accompagne Henri dans sa prévol – Cantona, Ferrari, Alési … toute une époque

Didier semble le plus amusé des quatre ; et pour cause ! C’est lui le farceur qui a trouvé une tenue papale adaptée à la grande taille d’Henri, et qui l’a lui a enfilée dans le hall de l’hôtel à Manhattan. Henri traversera l’aérogare, les locaux d’Air France et ira jusqu’à l’avion dans cette tenue, chapeau compris ; bien entendu pour le vol, il s’est « remis » en OMN, une tenue mieux adaptée à l’exercice.

Henri nous a quittés le 10 juin 2012 mais je suis sûr que, de là où il est, il en rit encore.

PG

Propos recueillis auprès de Claude Poulain, Philippe Girard et Pierrette Cathala. Avec l’aide du site de Philippe Borentin http://lesvolsdeconcorde.com Photos Pierrette Cathala

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